Le cancer du rein est le troisième cancer urologique par ordre de fréquence. Le plus souvent découvert par hasard à l’occasion d’une imagerie, il se soigne d’autant mieux qu’il est détecté tôt.
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Épidémiologie
- Avec environ 15 000 nouveaux cas par an en France, le cancer du rein arrive en troisième place des tumeurs urologiques, après le cancer de la prostate et celui de la vessie. Il touche deux fois plus d’hommes que de femmes, avec un âge moyen de survenue d’environ 65 ans.
- Les principaux facteurs de risque sont le tabac, l’obésité, l’hypertension artérielle et l’insuffisance rénale chronique (notamment chez les patients dialysés). Les formes familiales sont rares et font l’objet d’une consultation d’oncogénétique.
- Dans leur grande majorité, les tumeurs du rein découvertes aujourd’hui sont de petite taille. Le type le plus répandu est le carcinome à cellules claires (environ trois cas sur quatre), devant les tumeurs papillaires et chromophobes.
Notions anatomiques
Les deux reins, en forme de haricots et longs d’environ 12 cm chacun, sont situés dans les fosses lombaires, de part et d’autre de la colonne vertébrale. En élaborant l’urine à partir du sang, ils assurent une fonction d’épuration qui permet d’éliminer les déchets et de maintenir l’équilibre en eau et en sels minéraux de l’organisme. Le cancer se développe à partir du tissu rénal (parenchyme). Bon à savoir : un seul rein — et même une partie de rein — suffit à assurer une fonction rénale normale.
Symptômes et signes
- Les symptômes d’un cancer du rein sont devenus rares : la grande majorité des tumeurs rénales (jusqu’à 70 %) sont aujourd’hui découvertes fortuitement, à l’occasion d’une échographie ou d’un scanner réalisés pour une autre raison.
- La présence de sang dans les urines, une douleur lombaire ou une fièvre inexpliquée peuvent parfois alerter, de même qu’une fatigue ou une perte de poids. Aucun de ces signes n’est spécifique.
Diagnostic
- Le diagnostic repose sur l’imagerie : l’échographie détecte souvent la tumeur, et le scanner (ou l’IRM) est indispensable pour la caractériser et apprécier son extension.
- Dans certains cas, une biopsie de la tumeur (prélèvement à travers la peau, sous anesthésie locale) est réalisée pour confirmer la nature de la lésion avant de décider du traitement — en particulier pour les petites tumeurs, dont certaines sont bénignes.
- La recherche progresse aussi du côté de l’imagerie : de nouveaux examens de TEP utilisant des traceurs spécifiques du rein sont en cours d’évaluation pour mieux distinguer les tumeurs malignes des tumeurs bénignes [7].
- Au moment du diagnostic, la majorité des tumeurs sont localisées au rein ; les formes d’emblée métastatiques sont devenues minoritaires.
Traitement
- Le traitement des formes localisées est chirurgical dans la très grande majorité des cas, et l’objectif du service est double : enlever la tumeur ET préserver au maximum le rein et la fonction rénale.

La néphrectomie partielle robot-assistée
Chaque fois que cela est techniquement possible et médicalement adapté, le service privilégie la néphrectomie partielle, qui consiste à retirer la tumeur en conservant le reste du rein. Elle est le plus souvent réalisée par chirurgie robot-assistée, au moyen de plusieurs petites incisions. Cette approche peut également être discutée pour certaines tumeurs volumineuses ou multiples, selon leur anatomie et la situation du patient. Les études nationales sPaRT2 sur les tumeurs de plus de 7 cm [2] et UroCCR-60 sur les tumeurs multiples d’un même rein [5], auxquelles le service a participé, ont évalué ces situations.
La planification 3D des interventions
Pour préparer certaines interventions conservatrices, le service a développé le programme « Rein 3D Print ». À partir du scanner du patient, une reconstruction en trois dimensions du rein et de sa tumeur, visualisée sur écran ou imprimée en 3D, est utilisée pour étudier l’anatomie, planifier l’intervention et servir de support à l’information du patient [3, 4].

La néphrectomie élargie
Pour les tumeurs les plus volumineuses ou mal situées, l’ablation de la totalité du rein (néphrectomie élargie) peut être nécessaire. Elle est réalisée par cœlioscopie ou chirurgie robot-assistée, plus rarement par voie ouverte. Les tumeurs avec extension à la veine cave peuvent être prises en charge dans le service en collaboration avec les chirurgiens vasculaires. Le service a participé à l’étude nationale comparant chirurgie robot-assistée et chirurgie ouverte dans ces situations [6].
Les alternatives à la chirurgie
Pour les petites tumeurs, deux options peuvent être discutées selon l’âge et l’état de santé : la surveillance active (suivi régulier par imagerie, un traitement n’étant engagé qu’en cas d’évolution) et les traitements ablatifs (destruction de la tumeur par le froid — cryothérapie — ou par la chaleur — radiofréquence), réalisés en collaboration avec la radiologie interventionnelle, sans chirurgie.
Les formes métastatiques
Le traitement des formes métastatiques a été transformé par l’immunothérapie et les thérapies ciblées, souvent associées. Ces traitements sont décidés en réunion de concertation pluridisciplinaire et conduits avec les oncologues médicaux ; la chirurgie garde une place dans certaines situations.
Suivi et pronostic
- Après traitement, un suivi régulier par imagerie est organisé pendant au moins 5 ans, à un rythme adapté au risque de récidive, conformément aux recommandations françaises [1].
- Le pronostic du cancer du rein localisé est très bon : la survie à 5 ans dépasse 95 % pour les tumeurs de faible risque traitées. D’où l’importance d’une prise en charge précoce et adaptée.
Une prise en charge multidisciplinaire
Chaque dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) réunissant urologues, oncologues, radiologues, radiologues interventionnels, néphrologues et anatomopathologistes, afin de définir l’option la plus adaptée à la situation du patient. Une participation à un essai clinique peut être proposée lorsqu’un protocole correspond à sa situation. La prise en charge peut mobiliser, selon les indications, la chirurgie robot-assistée, la planification 3D ou les traitements ablatifs percutanés.
Organisation de l’activité au sein du service
L’activité consacrée au cancer du rein est dirigée par le Pr Jean-Christophe Bernhard, qui coordonne le réseau national de recherche UroCCR, dirige le programme de recherche intégré I.CaRe Bordeaux et a développé la planification chirurgicale en 3D au travers du programme Rein 3D Print et du projet Digital Urology 3D. La néphrectomie partielle robot-assistée est pratiquée régulièrement dans le service. Des parcours coordonnés de soins ont été évalués dans une étude médico-économique [8]. Le service assure également l’ensemble des transplantations rénales de la région. Des vidéos de ces interventions et les modalités de prise de rendez-vous sont accessibles sur le site.
Recherche sur le cancer du rein
Le cancer du rein constitue l’un des principaux axes de recherche du service. L’équipe coordonne depuis Bordeaux le programme de recherche intégré I.CaRe Bordeaux, dirigé par le Pr Jean-Christophe Bernhard. Ce programme fédère des projets académiques et industriels consacrés à l’amélioration du diagnostic, à la personnalisation des traitements et à la prédiction de l’évolution des tumeurs. Il s’appuie notamment sur :
- le réseau national UroCCR (Réseau français de recherche sur le cancer du rein), créé et coordonné par le service : labellisé par l’Institut National du Cancer, il fédère 74 centres en France et à l’international et a déjà permis plus de 270 projets de recherche à partir d’environ 14 millions de données de vie réelle [1, 2, 5, 6] ;
- le projet Digital Urology 3D, financé par l’Agence Nationale de la Recherche (France 2030), qui exploite la modélisation 3D et les technologies numériques pour la chirurgie de précision [3, 4] ;
- UroConnect, une application de télésuivi des patients opérés d’une tumeur du rein, évaluée dans l’étude médico-économique nationale DiPRU ;
- UroPredict, qui développe des algorithmes d’intelligence artificielle pour prédire individuellement l’évolution des tumeurs du rein ;
- le Robotic Training Center Bordeaux, plateforme de formation et de recherche en chirurgie robotique de l’Université de Bordeaux ;
- une équipe de recherche translationnelle « Cancer du Rein » (laboratoire BRIC, Inserm U1312), qui fait travailler ensemble biologistes et cliniciens du CHU.
Le service a développé un parcours de néphrectomie partielle robot-assistée en ambulatoire, proposé à des patients sélectionnés lorsque les conditions médicales et le retour à domicile le permettent. Plus de 200 patients ont suivi ce parcours, qui a fait l’objet d’une évaluation médico-économique [8]. L’équipe contribue également aux recommandations françaises sur le cancer du rein [1]. Retrouvez ces travaux sur icare-bordeaux.fr et sur la page Les publications de l’équipe. Une participation à une étude clinique peut également être proposée lorsque le protocole correspond à la situation du patient.
Références
- Updated 2025 French guidelines for renal cell carcinoma (recommandations françaises 2025 sur le cancer du rein) — The French Journal of Urology, 2025.
- sPaRT2 — Minimally invasive partial vs radical nephrectomy for cT2 renal cell carcinoma: a national matched-pair analysis — Journal of Urology, 2026.
- Three-dimensional models for individualized preoperative planning of robot-assisted partial nephrectomy — European Urology Oncology, 2026.
- 3D printed and virtual kidney models as learning tools to improve anatomical understanding of renal tumors — 3D Printing in Medicine, 2026.
- Robot-assisted versus open surgery for multiple ipsilateral renal tumors (UroCCR-60) — Journal of Robotic Surgery, 2026.
- Robot-assisted versus open radical nephrectomy with vena cava thrombectomy in France (réseau UroCCR) — European Urology Oncology, 2026.
- Performance of [89Zr]girentuximab PET/CT in predicting the presence of renal malignancy (étude ZIRCON) — European Urology, 2026.
- Nurse-led coordinated surgical care pathways for robotic-assisted partial nephrectomy: medico-economic analysis — World Journal of Urology, 2023.
Cet article est inspiré des fiches d’information de l’Association Française d’Urologie : consultez la fiche patient sur le cancer du rein sur Urofrance.org.
