Chirurgie robot-assistée au CHU de Bordeaux

Le cancer de la prostate peut se présenter sous la forme d’une tumeur localisée (circonscrite à la prostate) ou sous une forme évoluée, avec des métastases ganglionnaires et osseuses.

  • La prostate est une glande hormono-dépendante comme le sein chez la femme.

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Épidémiologie

  • Avec environ 60 000 nouveaux cas par an, le cancer de la prostate est le premier cancer de l’homme en France (environ un quart des cancers masculins).
  • Tous n’ont pas le même degré de gravité. 80 % sont découverts à un stade de début, localisé, ce qui permet de proposer un traitement permettant la guérison. L’Association Française d’Urologie recommande une détection précoce individualisée à partir de 50 ans (45 ans en cas d’antécédents familiaux ou d’origine afro-antillaise), après information sur les bénéfices et les limites de ce dépistage.

Signes

  • Le cancer de la prostate évolue à bas bruit sans donner de signes urinaires à ses débuts.
  • La survenue plus tardive d’une dysurie peut être la conséquence d’une compression qui s’exerce sur l’urètre et la vessie du fait de la présence d’une tumeur. Mais ces signes peuvent prêter à confusion car, à cet âge, on a tendance à incriminer un éventuel adénome de prostate qui s’accompagne également de troubles urinaires, une pathologie n’excluant pas l’autre, ce qui incite à rester vigilant.

Circonstances de découverte

  • Le cancer peut être diagnostiqué lors du dépistage individuel recommandé par l’AFU à tout homme à partir de 50 ans.
  • Ce dépistage comprend un dosage du PSA (antigène spécifique de la prostate) et un toucher rectal. Il peut aussi être mis en évidence chez un patient suivi pour un adénome de la prostate ou se révéler d’emblée à un stade avancé.
  • En cas de PSA élevé ou de toucher rectal anormal, une IRM de la prostate est aujourd’hui réalisée avant d’envisager des biopsies.

Diagnostic

  • L’IRM multiparamétrique de la prostate est désormais systématique avant les biopsies : elle repère les zones suspectes et permet de les cibler précisément.
  • Les biopsies ciblées par fusion d’images (superposition de l’IRM et de l’échographie en temps réel) complètent les biopsies systématisées et améliorent la détection des cancers significatifs. Un essai national évaluant la meilleure stratégie de biopsies (essai TARGET) est en cours avec la participation du service [6].
  • Le service réalise ses biopsies par voie transpérinéale (à travers la peau du périnée plutôt qu’à travers le rectum) : cette voie réduit fortement le risque d’infection. L’équipe a publié son expérience de cette évolution [5].
  • La preuve diagnostique est apportée par l’histologie après biopsie de la tumeur. L’analyse permet de différencier tumeur bénigne (adénome) et tumeur maligne et d’évaluer l’agressivité du cancer, aujourd’hui exprimée en groupes ISUP (de 1 à 5). Avec la classification TNM (extension de la tumeur), elle permet d’établir un traitement personnalisé.
  • Pour le bilan d’extension des formes à risque, le bilan peut faire appel aux imageries les plus récentes, dont la TEP au PSMA (un traceur qui se fixe spécifiquement sur les cellules prostatiques). L’équipe évalue également de nouveaux traceurs dans le cadre d’études prospectives [7].
Ciblage des biopsies de la prostate par fusion d’images IRM-échographie (système Koelis)
Le ciblage des biopsies par fusion d’images IRM-échographie : chaque prélèvement est repéré en 3D dans la prostate.

Des cancers de gravité très variable

Tous les cancers de la prostate n’ont pas la même gravité. On distingue schématiquement trois stades : le stade localisé, où la tumeur reste limitée à la prostate ; le stade localement avancé, où elle franchit la capsule ; et le stade métastatique, où la maladie a essaimé à distance. Au stade localisé, on distingue plusieurs groupes de risque : les tumeurs à faible risque, peu agressives, qui peuvent souvent être simplement surveillées ; les tumeurs à risque intermédiaire ; et les tumeurs à risque élevé, qui nécessitent un traitement plus complet. L’essentiel à retenir : détectée tôt, la grande majorité des tumeurs de la prostate se soigne très bien, et certaines ne nécessiteront jamais de traitement.

Schéma : les stades du cancer de la prostate — tumeur localisée limitée à la prostate, tumeur localement avancée franchissant la capsule, et maladie métastatique avec atteintes à distance
Le stade de la maladie — localisée, localement avancée ou métastatique — oriente toute la stratégie de traitement.

Traitement

  • Il varie en fonction de la gravité de la tumeur (groupe de risque, classification TNM), selon que le cancer est localisé ou métastatique, et selon l’état de santé et l’espérance de vie du patient.
  • Les traitements sont multiples, chaque méthode a ses bénéfices et ses effets secondaires. Le choix est discuté avec le patient et en réunion de concertation pluridisciplinaire.

La surveillance active

Pour les cancers de faible risque — et certains cancers de risque intermédiaire —, la surveillance active est souvent la meilleure option : plutôt que de traiter immédiatement une tumeur peu agressive, le cancer est surveillé régulièrement (PSA, IRM, parfois nouvelles biopsies) et un traitement curatif n’est engagé que si la maladie évolue, sans perte de chance. Elle permet ainsi d’éviter ou de retarder les effets secondaires des traitements.

Le service pratique la surveillance active de longue date et a publié plusieurs travaux dans ce domaine : facteurs prédictifs de sortie de surveillance après cinq ans de suivi [11], démonstration que la surveillance active est possible chez les patients d’origine afro-antillaise [12], analyse médico-économique comparant traitement focal et surveillance active [13]. D’autres travaux sont en cours, portant sur les données de plus de 600 patients suivis en surveillance active dans le service.

La prostatectomie radicale

Depuis 2010, l’ablation de la prostate et des vésicules séminales est réalisée dans le service par chirurgie robot-assistée (robot Da Vinci) : incisions minimes, précision accrue, préservation chaque fois que possible des nerfs de l’érection, hospitalisation courte. L’indication dépend du risque de la tumeur, de l’âge et de l’état général. Le service a coordonné une étude nationale en vie réelle comparant chirurgie robot-assistée et chirurgie ouverte [1] et a publié ses résultats sur la récupération de la continence après prostatectomie robotique [2].

Chirurgie robot-assistée Da Vinci pour prostatectomie au CHU de Bordeaux
La prostatectomie robot-assistée (robot Da Vinci) au bloc opératoire du CHU de Bordeaux.

La radiothérapie externe

La radiothérapie externe est une alternative à la chirurgie pour de nombreuses formes localisées, quel que soit l’âge, et fait partie du traitement des formes plus avancées, souvent associée à une hormonothérapie. Les techniques modernes (modulation d’intensité, hypofractionnement) raccourcissent les traitements et protègent mieux les organes voisins. Toutes ces techniques de radiothérapie moderne sont disponibles au CHU de Bordeaux.

La curiethérapie

La curiethérapie consiste à implanter de façon permanente des grains d’iode radioactif 125 dans la prostate pour détruire la tumeur. C’est une option pour certaines tumeurs localisées de bon pronostic, pouvant être discutée lors des réunions de concertation pluridisciplinaires.

Les traitements focaux (HIFU, micro-ondes)

Le traitement focal détruit uniquement la zone malade de la prostate en préservant le reste de la glande et, ainsi, la continence et la sexualité. Le service le propose par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) pour des tumeurs localisées sélectionnées ou des récidives après radiothérapie, et a publié ses résultats carcinologiques et fonctionnels [3, 4]. Il a aussi participé à l’essai national VIOLETTE évaluant l’ablation ciblée par micro-ondes, dont les résultats à un an viennent d’être publiés [8]. Actuellement, le service coordonne une étude médico-économique comparant un traitement focal par HIFU à la prostatectomie totale (étude EMERHIT).

Traitement focal du cancer de la prostate par ultrasons focalisés (HIFU) au bloc opératoire
Le traitement focal par ultrasons focalisés (HIFU) au bloc opératoire : la zone à traiter est ciblée sur écran.

L’hormonothérapie et les formes avancées

La prostate étant une glande hormono-dépendante, l’hormonothérapie fait cesser la prolifération des cellules cancéreuses. Dans les formes avancées ou métastatiques, elle reste la base du traitement, aujourd’hui souvent associée d’emblée à des hormonothérapies de nouvelle génération et/ou à une chimiothérapie, selon les recommandations actuelles. Ces décisions sont prises en réunion de concertation pluridisciplinaire. Le service a participé à l’essai national AFU-GETUG-20, qui a évalué l’hormonothérapie adjuvante après prostatectomie pour les formes à haut risque [9], ainsi qu’à plusieurs autres études cliniques testant l’intérêt d’une hormonothérapie péri-opératoire (études PROTEUS et SUGAR, dont les résultats sont en cours de publication).

Effets secondaires et qualité de vie

  • Les traitements peuvent retentir sur la sexualité (troubles de l’érection, absence d’éjaculation) et sur la continence, de façon variable selon le traitement, le stade initial et l’âge.
  • La préservation de la qualité de vie guide le choix du traitement : surveillance active quand elle est possible, préservation des nerfs de l’érection, techniques focales.
  • Le service propose une prise en charge dédiée des troubles de l’érection et de l’incontinence urinaire après traitement.
  • En cas d’hormonothérapie prolongée, un suivi de la solidité osseuse est recommandé.

Une prise en charge multidisciplinaire

Chaque dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) hebdomadaire réunissant urologues, oncologues, radiothérapeutes, radiologues, médecins nucléaires et anatomopathologistes, pour proposer à chaque patient la meilleure option — y compris l’accès à des traitements innovants dans le cadre d’essais cliniques. Le CHU de Bordeaux met à disposition les équipements les plus récents : biopsies périnéales avec fusion d’image, chirurgie robot-assistée, TEP de nouvelle génération, traitements focaux, radiothérapie stéréotaxique.

L’expertise du service

Le service d’urologie du CHU de Bordeaux prend en charge toutes les formes de cancer de la prostate : prostatectomies robot-assistées depuis 2010, biopsies transpérinéales ciblées par fusion d’images, traitement focal par HIFU, accès aux TEP les plus récentes. Vous pouvez découvrir certaines de ces interventions en images sur notre page vidéos, et prendre rendez-vous pour une consultation.

Une équipe qui fait progresser les connaissances

La prise en charge du cancer de la prostate au CHU de Bordeaux s’appuie sur une activité de recherche clinique active : étude nationale en vie réelle comparant chirurgie robot-assistée et chirurgie ouverte [1], résultats sur la récupération de la continence [2], traitement focal par HIFU [3, 4], biopsies transpérinéales [5], essai TARGET sur la stratégie de biopsies [6], évaluation de nouveaux traceurs TEP [7], essai VIOLETTE sur les micro-ondes [8], essai AFU-GETUG-20 [9], études PROTEUS et SUGAR sur l’hormonothérapie péri-opératoire, étude médico-économique EMERHIT (HIFU contre prostatectomie) coordonnée par le service, et travaux sur la surveillance active [11, 12, 13] — avec des analyses en cours portant sur plus de 600 patients suivis dans le service. Le service a également été lauréat du PAIR Prostate (Programme d’Actions Intégrées de Recherche) de l’Institut National du Cancer, pour un travail sur le dépistage du cancer de la prostate : l’étude PRIMO, actuellement en cours. L’équipe contribue également aux recommandations françaises du comité de cancérologie de l’AFU [10]. Ces travaux sont publiés dans des revues internationales — retrouvez-les sur la page Les publications de l’équipe. Participer à une étude clinique peut également vous être proposé lors de votre prise en charge.

Références

  1. Comparative effectiveness of robot-assisted vs. open prostatectomy: a real-life nationwide study — World Journal of Urology, 2025.
  2. Recovery of urinary continence after robot-assisted laparoscopic radical prostatectomy — The French Journal of Urology, 2025.
  3. Résultats carcinologiques et fonctionnels du traitement focal du cancer localisé de la prostate par HIFU — Progrès en Urologie, 2023.
  4. Partial gland ablation with high intensity focal ultrasound: impact on genito-urinary function and quality of life — Canadian Journal of Urology, 2024.
  5. Switching from the transrectal to the transperineal route: a single center experience — The French Journal of Urology, 2024.
  6. Targeted and perilesional or systematic biopsies in prostate cancer: the TARGET clinical trial protocol — European Urology Oncology, 2026.
  7. Prospective head-to-head comparison of RM2 and PSMA PET/CT in newly diagnosed intermediate-risk prostate cancer — European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, 2026.
  8. Targeted microwave ablation of localised prostate cancer (VIOLETTE trial): a prospective multicentre study — BJU International, 2026.
  9. Adjuvant hormonotherapy after radical prostatectomy in high-risk disease: the randomized phase 3 AFU-GETUG-20 trial — European Urology Oncology, 2026.
  10. Recommandations françaises du comité de cancérologie de l’AFU pour le cancer de la prostate : actualisation 2025 — The French Journal of Urology, 2025.
  11. Facteurs prédictifs d’interruption de la surveillance active pour cancer de la prostate après cinq ans de suivi — Progrès en Urologie, 2020.
  12. Active surveillance in prostate cancer is possible for Afro-Caribbean population: comparison of oncological outcomes with a Caucasian cohort — Progrès en Urologie, 2020.
  13. Cost-utility analysis of focal high-intensity focussed ultrasound vs active surveillance for low- to intermediate-risk prostate cancer — BJU International, 2019.

Cet article est inspiré des fiches d’information de l’Association Française d’Urologie : consultez la fiche patient sur le cancer de la prostate sur Urofrance.org.

2 Thoughts to “Cancer de la prostate”

  1. […] 116 patients ont eu une prostatectomies totale pour cancer de la prostate. […]

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